Georges Alain Boyomo

Dans l’avion qui l’a transporté de Genève à Yaoundé vendredi, le chef de l’Etat a certainement médité sur les derniers évènements qui ont empoisonné à l’acide son dernier « court séjour privé » en Europe.

Le voyage a dû lui sembler interminable tant feuilleter les pages du roman noir de son odyssée genevoise a pu s’avérer laborieux. Il y a d’ailleurs fort à parier que seul l’accueil « triomphal » que lui ont réservé ses partisans, de l’aéroport international de Yaoundé Nsimalen à l’esplanade du palais de l’Unité, ne suffira pas à évacuer de son esprit cette historique mésaventure.

Paul Biya se savait dans le viseur de la Brigade anti-sardinards (Bas), cette nébuleuse qui passe finalement pour être l’expression la plus aboutie de l’incroyable extrémisme qui a pris en otage le débat politique depuis la veille de l’élection présidentielle de 2018.

Mais, sans doute, même dans le pire de ses cauchemars, le président de la République n’imaginait pas que cette brigade, malicieusement tolérée par certains acteurs politiques, au nom de calculs peu ou prou subalternes, et vivement condamnée par d’autres, pouvait pulvériser des records de hooliganisme, après le saccage revendiqué des certaines ambassades en début d’année, en Europe.

Réfractaire aux «bruits», le sphinx d’Etoudi ne pouvait que constater les dégâts. Pour lui et pour le Cameroun, pays qui se confond désormais à sa personne du fait d’un long règne, qui chaque jour se voit fatalement dépouiller de ce qui constituait ses bons points.

Le champion du Rdpc a regagné daredare son pays, le Cameroun, où il avait déjà passé surplace, fait inédit, près de 10 mois sans discontinuer, donnant enfin un contenu honnête à la formule redondante « court séjour privé », qu’affectionne depuis des lustres le cabinet civil de la présidence de la République, chaque fois que le chef de l’Etat s’envole pour la Suisse.

Par ses méthodes, la Bas est sans doute inaudible et illisible. Mais la bouteille à la mer(de) qu’elle jette remet en lumière l’urgence du dialogue pour trouver une issue heureuse à la crise sociopolitique que traverse le Cameroun et l’impératif de doter nos hôpitaux de plateaux techniques adéquats et performants de telle sorte que même notre élite politico- administrative ne s’y sente plus en insécurité, au point de recourir quasi-systématiquement aux évacuations sanitaires à la moindre fièvre…

Le tour de force de la Bas rend surtout compte de ce que la digue de l’exaspération a sauté dans les rangs de certains Camerounais, d’ici et de la diaspora, et que Paul Biya sera traqué partout il mettra pied en Occident.

Bien évidemment, pour le patriarche qu’il représente, on aurait souhaité autre chose que ce vacarme, au crépuscule de son magistère présidentiel. Mais, qu’on se le dise. Pour un homme d’Etat, le sursaut d’orgueil peut se nouer devant une haie qui paraît infranchissable.

S’il est convaincu du volume et du sens des suffrages valablement exprimés à son bénéfice par le peuple camerounais à la dernière présidentielle, Paul Biya doit s’employer par des actes concrets et diligents à justifier sa légitimité, à donner corps à son serment du 6 novembre. Sans d’inutiles atermoiements et d’ennuyeux louvoiements, lesquels se prêtent mal à la gravité de la situation à laquelle le pays fait aujourd’hui face. Jadis son allié, le temps est dorénavant le principal adversaire du chef de l’Etat. Il y aura un après-Genève. C’est notre espoir !

 

Par Geoges Alain Boyomo, Directeur de Publication quotidien Mutations

Redigé par: 237 Actu

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